Cahier des charges d'un site web : le modèle que les agences attendent
Huit rubriques, six pages maximum. Ce qu'il faut écrire pour recevoir des devis comparables, et les trois phrases qui font tripler une facture.
Un cahier des charges ne sert pas à décrire le site que vous voulez. Il sert à obtenir des devis qui se comparent.
C’est une nuance qui change tout. Trois agences qui reçoivent une demande floue répondent sur trois périmètres différents, à trois prix incomparables, et vous passez trois semaines à tenter d’aligner des pommes et des poires. Trois agences qui reçoivent le document ci-dessous répondent sur la même chose, et l’écart de prix devient enfin une information.
Six pages suffisent. Au-delà, les agences ne le lisent plus en entier.
Les huit rubriques, dans l’ordre
1. Le contexte, en une page maximum. Qui vous êtes, ce que vous vendez, à qui. Le chiffre d’affaires et l’effectif, parce qu’ils déterminent le dimensionnement. Et surtout : pourquoi maintenant. Un site refait parce que l’ancien ne convertit plus et un site refait parce que l’entreprise change de nom n’appellent pas le même travail.
2. L’objectif chiffré. Une seule phrase, avec un nombre. « Passer de 12 à 30 demandes de devis par mois en douze mois. » Sans ce chiffre, vous achetez un site. Avec, vous achetez un résultat, et les agences sérieuses se positionnent différemment.
3. L’existant. URL actuelle, technologie, hébergement, qui détient les accès, volume de pages, trafic mensuel, sources de ce trafic. Joignez un export des pages les plus visitées. C’est le document qui évite les mauvaises surprises de migration, et son absence est la première cause de dépassement.
4. Le périmètre fonctionnel. La liste des fonctions attendues, séparées en deux colonnes : indispensable et souhaitable. Cette séparation est ce qui permet à une agence de vous proposer une version à budget réduit plutôt que de renoncer.
5. L’arborescence cible. Même grossière, même provisoire. Une liste à puces sur deux niveaux suffit. Elle donne le volume de pages, qui est le premier déterminant du prix.
6. Le contenu : qui l’écrit. La question la plus coûteuse du projet et la plus souvent oubliée. Si vous ne le précisez pas, l’agence suppose que vous fournissez les textes, vous supposez l’inverse, et le projet s’arrête trois mois sur cette ambiguïté. Écrivez-le noir sur blanc, pour chaque type de page.
7. Les contraintes. Charte graphique existante ou non, hébergement imposé, contraintes réglementaires, langues, accessibilité, outils à connecter. Un connecteur vers un logiciel de gestion peut représenter à lui seul un tiers du budget.
8. Le budget et le calendrier. Oui, le budget. J’y reviens.
Donner son budget, la question qui fâche
Le réflexe est de le cacher pour ne pas « se faire tondre ». C’est une erreur, et voici pourquoi.
Sans budget annoncé, une agence fait une hypothèse. Si elle vise trop haut, vous écartez une agence qui aurait pu faire le travail dans votre enveloppe avec un périmètre ajusté. Si elle vise trop bas, elle vous propose une coquille et vous découvrez les vrais coûts en cours de route.
Donner une fourchette, « entre 15 000 et 25 000 euros », permet à chacun de vous dire ce qu’il peut faire dedans. Vous comparez alors des contenus à prix comparable, ce qui est exactement l’objectif. Pour situer la fourchette avant de l’écrire, les ordres de grandeur du marché sont dans combien coûte réellement une agence de communication.
Les trois phrases qui font tripler une facture
« Le site doit être évolutif. » Cette phrase ne veut rien dire et engage l’agence sur tout. Remplacez-la par ce que vous prévoyez réellement : « nous ajouterons une version anglaise en année 2 » est chiffrable, « évolutif » ne l’est pas.
« Design moderne et impactant. » Aucune information. Remplacez par trois liens vers des sites que vous trouvez réussis, avec une ligne expliquant pourquoi. Un directeur artistique travaille dix fois mieux avec trois références qu’avec dix adjectifs.
« Optimisé pour le référencement. » Tout le monde le promet et cela recouvre des périmètres allant d’une balise correctement remplie à une refonte sémantique complète. Précisez ce que vous attendez, ou sortez le sujet du lot et traitez-le à part.
Ce qu’il ne faut pas écrire
Pas de technologie imposée, sauf contrainte réelle de votre système d’information. Exiger un outil précis parce qu’on en a entendu parler ferme la porte à des propositions meilleures et moins chères.
Pas de maquettes. Si vous fournissez des maquettes, vous achetez de l’exécution, pas du conseil, et vous portez la responsabilité du résultat.
Pas de délai irréaliste. « Pour dans six semaines » écarte immédiatement toutes les agences qui ont un carnet de commandes, c’est-à-dire les bonnes.
Ce qu’il faut exiger dans les réponses
Trois demandes qui font la différence au moment de comparer.
Le détail du chiffrage par poste, en jours. Conception, design, intégration, développement, contenu, recette, formation. C’est ce qui révèle les écarts de périmètre entre deux devis au même prix.
La propriété du travail. Code, maquettes, comptes et noms de domaine doivent vous appartenir en fin de mission. Cela s’écrit, sinon cela ne va pas de soi.
Le coût de la maintenance annuelle, chiffré. Un site à 20 000 euros avec 6 000 euros de maintenance par an coûte plus cher sur trois ans qu’un site à 30 000 euros avec 1 500.
Avant de l’écrire
Un cahier des charges se rédige après les décisions de positionnement, pas avant. Si vous ne savez pas encore à qui vous ne vous adressez pas, ni quelles preuves vous mettez en avant, le site reflétera cette indécision et aucune agence ne la corrigera pour vous. Le préalable tient sur une page et il est décrit dans poser les fondations de sa marque.
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Mise à jour du 12 septembre 2026 : ajout d’un point sur les connecteurs vers les outils de gestion, souvent sous-estimés dans le chiffrage. Le sujet est traité en détail dans huit CRM comparés.