Google Analytics 4 : les 7 réglages que personne ne fait à l'installation
Sept paramètres laissés par défaut qui faussent vos données pendant des mois. Le premier vous fait perdre votre historique au bout de deux mois, sans aucune alerte.
Un client m’a appelé en septembre pour comprendre pourquoi son trafic de l’année précédente avait disparu de ses rapports. Rien n’avait disparu. Google Analytics 4 n’avait simplement jamais eu l’instruction de conserver ces données plus de deux mois, et personne, dans l’agence qui avait posé le tag dix-huit mois plus tôt, n’avait touché à ce paramètre.
Ce n’est pas un cas isolé. GA4 s’installe en quatre minutes et commence immédiatement à collecter, ce qui donne le sentiment rassurant que le travail est fait. Il ne l’est pas. La configuration par défaut est pensée pour démarrer vite, pas pour produire des chiffres sur lesquels on arbitre un budget. Voici les sept réglages qui séparent une propriété qui collecte d’une propriété sur laquelle on peut décider.
1. La conservation des données, réglée sur deux mois
C’est le plus coûteux, et le plus silencieux.
Par défaut, GA4 conserve les données au niveau utilisateur et événement pendant deux mois. Passé ce délai, elles ne sont plus interrogeables dans l’exploration. Les rapports standard continuent d’afficher des agrégats, ce qui entretient l’illusion, mais dès que vous voulez construire une exploration sur douze mois glissants, il n’y a plus rien.
Le réglage se trouve dans Admin, Conservation des données. Il faut le passer à quatorze mois, la valeur maximale sur la version gratuite. Cela prend trois secondes et c’est rétroactif uniquement pour l’avenir : les données déjà purgées ne reviennent pas.
Faites-le le jour de l’installation. Pas au premier bilan annuel, il sera trop tard.
2. Le filtre de trafic interne resté en mode test
Deuxième piège, plus vicieux, parce qu’il donne l’impression d’avoir été traité.
Vous créez une règle de trafic interne avec les adresses IP de vos bureaux, vous créez le filtre correspondant, et vous passez à autre chose. Sauf que GA4 crée ce filtre à l’état Test, pas Actif. En mode test, le filtre marque le trafic sans jamais l’exclure. Vos sessions internes continuent d’entrer dans tous les rapports.
Il faut retourner dans Admin, Paramètres des données, Filtres de données, et basculer explicitement l’état sur Actif. Sur un site à faible trafic, ce seul réglage peut représenter dix à quinze pour cent des sessions, avec un taux de rebond artificiellement bas et une durée de session artificiellement haute, puisque vos équipes naviguent longuement sur des pages qu’elles connaissent.
Point d’attention pour les équipes en télétravail avec des IP dynamiques : le filtre IP ne les couvre pas. Un paramètre de campagne dédié dans un lien interne, ou une exclusion via un événement personnalisé, sera plus fiable.
3. Les références indésirables, en particulier le paiement
Si votre site déclenche une redirection vers un prestataire de paiement, l’utilisateur qui revient sur votre page de confirmation est compté comme une nouvelle session en provenance de ce prestataire.
Résultat concret : Stripe, PayPal ou votre banque apparaissent parmi vos premières sources de trafic, avec un taux de conversion proche de cent pour cent. Et toutes les conversions correspondantes sont volées aux canaux qui les ont réellement générées. Vos campagnes payantes paraissent moins rentables qu’elles ne le sont, votre référencement naturel aussi.
Le correctif est dans le flux de données, Paramètres de balise supplémentaires, Liste des références indésirables. On y ajoute les domaines concernés. À faire dès qu’un tunnel de paiement, un formulaire externalisé ou un outil de prise de rendez-vous entre en jeu.
4. Le suivi inter-domaines
Même logique, autre symptôme. Si votre parcours passe d’un domaine à un autre, votre site vitrine puis votre boutique par exemple, GA4 les traite comme deux visites distinctes tant que la configuration inter-domaines n’a pas été déclarée.
Vous obtenez alors deux sessions au lieu d’une, un utilisateur compté deux fois, et une attribution qui attribue la conversion au domaine de fin de parcours plutôt qu’à la source d’origine. C’est le genre de biais qui fait prendre des décisions de budget à l’envers.
La configuration se fait dans le flux de données, Paramètres de balise supplémentaires, Configurer vos domaines. Il faut y déclarer tous les domaines du parcours, y compris les sous-domaines gérés par un outil tiers.
5. Google Signals et le seuillage des données
Celui-là est un arbitrage, pas une erreur, mais il faut le faire consciemment.
Activer Google Signals enrichit les rapports démographiques et permet le suivi multi-appareils pour les utilisateurs connectés à leur compte Google. En contrepartie, GA4 applique un seuillage : dès qu’un rapport risque de permettre d’identifier un individu, les lignes concernées sont masquées. Sur un site à faible volume, ou sur un segment étroit, vous vous retrouvez avec des rapports troués et un petit icône d’avertissement que la plupart des gens ne remarquent jamais.
Ma règle : si vous ne dépensez pas en display et que vous n’exploitez pas les audiences, désactivez Signals. Vous récupérez des rapports complets. Si vous faites du remarketing sérieux, gardez-le, mais sachez lire l’avertissement de seuillage avant de conclure qu’un segment ne convertit pas.
6. Tout n’est pas un événement clé
GA4 a rebaptisé les conversions en événements clés en 2024, ce qui a créé une confusion durable. Le problème de fond n’a pas changé : la facilité avec laquelle on coche un événement comme clé.
J’ai vu des propriétés avec onze événements clés, dont un clic sur le numéro de téléphone, un scroll à quatre-vingt-dix pour cent, une vue de page de tarifs et un téléchargement de PDF. Quand tout est une conversion, plus rien n’en est une. Le rapport d’acquisition devient illisible parce que le total des conversions ne correspond à aucune réalité commerciale, et l’attribution répartit la valeur entre des micro-signaux sans hiérarchie.
Deux à quatre événements clés maximum, correspondant à des actions qui ont une valeur business identifiable. Le reste reste un événement ordinaire, parfaitement exploitable en exploration, sans polluer les rapports de direction. Si vous voulez conserver une hiérarchie fine sans casser les rapports, c’est justement le travail des tableaux de bord montés à côté, pas de la propriété elle-même.
7. La rédaction des données, pour ce qui ne devrait jamais arriver
Dernier réglage, et le seul qui vous expose juridiquement.
Un formulaire en méthode GET, un moteur de recherche interne qui renvoie une adresse e-mail dans l’URL, un identifiant de commande qui contient un nom : il suffit d’une page pour envoyer des données personnelles dans GA4. Ce sont des données que vous n’avez ni le droit ni l’usage de stocker là.
GA4 propose une fonction de rédaction des données, dans le flux de données, qui supprime les adresses e-mail et les motifs de paramètres que vous définissez avant l’envoi. Elle n’est pas activée par défaut pour les paramètres personnalisés. Activez-la, testez-la sur vos URL réelles, et faites l’exercice une fois par an.
C’est aussi le bon moment pour vérifier que votre bandeau de consentement transmet réellement l’état du consentement à GA4, et pas seulement qu’il s’affiche. Un bandeau décoratif est pire que pas de bandeau : il donne l’impression que le sujet est traité.
Ce qu’il faut faire dans l’ordre
Si vous reprenez une propriété existante, l’ordre compte, parce que certains réglages ne sont pas rétroactifs.
- Conservation à quatorze mois. Immédiatement, avant tout le reste.
- Filtre interne à l’état Actif, et vérification qu’il exclut bien.
- Références indésirables et inter-domaines, ensemble, puis test réel d’un parcours de bout en bout.
- Ménage dans les événements clés.
- Arbitrage sur Signals.
- Rédaction des données et contrôle du consentement.
Comptez une heure et demie pour une propriété simple, une demi-journée s’il y a plusieurs domaines et un tunnel de paiement. C’est le meilleur retour sur temps investi de toute la chaîne de mesure : aucun tableau de bord, aussi élégant soit-il, ne rattrape des données collectées de travers. Sur le choix des outils qui viennent se brancher ensuite, nous tenons à jour nos comparatifs d’outils, et le reste de la chaîne de mesure est traité dans toute la rubrique data, mesure et conformité.
Mise à jour du 1er septembre 2026 : ces sept réglages restent valables. S’y ajoute désormais une question qui ne se posait pas à la publication, celle de la visibilité dans les moteurs de réponse, où le trafic ne se mesure plus du tout de la même façon. Nous l’avons traitée à part dans un article consacré à se rendre citable par les moteurs de réponse.